Enfin ! Félix Tshisekedi, le président congolais, tient enfin son nouveau gouvernement mais il ne peut se prévaloir d’un exécutif d’ouverture comme il le souhaitait.
Premier constat, Judith Sumimwa, la Première ministre trop heureuse d’avoir décroché ce poste pour prendre le risque de déplaire au président, reste en place. Grosse satisfaction également pour certaines enseignes bruxelloises trop heureuses de savoir qu’elles pourront encore accueillir à prix d’or la cheffe du gouvernement congolais peu regardante sur les dépenses quand elle voyage avec mari et enfants.
Second constat, les cadors et les amis restent en place. Jean-Pierre Bemba aux Transports, Jacquemain Shabani à l’Intérieur, Guy Kabombo Mwadimvita à la Défense, Didier Budimbu aux Sports ou encore Patrick Muyaya à la Communication.
Troisième constat, il y a peu de nouveaux venus de poids ou de l’opposition politique. Les Jeanine Mabunda, Martin Fayulu, Mbusa Nyamwesi, un temps annoncés, ne sont pas venus. La seule prise un tantinet symbolique s’appelle Adolphe Muzito, l’ancien Premier ministre de Kabila (2008 – 2012) qui avait succédé à ce poste à son chef de file Antoine Gizenga, décroche le Budget. Mais la prise n’a guère de goût. L’homme politique est démonétisé depuis bien longtemps et ne vaut que le poids qu’il veut bien s’accorder. L’autre nom qui porte dans ce nouvel exécutif est celui de Floribert Anzuluni, le fils de l’ancien président de l’Assemblée nationale du Zaïre entre 1988 et 1992, candidat à l’élection présidentielle de 2023 pour la plateforme Alternative pour un Congo nouveau. L’homme a aussi été un des coordinateurs du mouvement citoyen Filimbi qui oeuvre pour l’engagement des jeunes dans la société congolaise.
Quatrième constat, le remaniement a raté sa mission essentielle qui était de démontrer que le président de la république pouvait convaincre au-delà de sa famille ou de sa plateforme politique. Il n’en est rien, Félix Tshisekedi a surtout réuni autour de lui les tshisekedistes et quelques éléments épars bien légers.
Cinquième constat, l’amaigrissement promis de l’exécutif n’a pas eu lieu. Le gouvernement est passé de 55 à… 54 membres. Le nouveau gouvernement qui devait être le symbole d’une réduction des dépenses pour le fonctionnement de l’État est aussi un échec.
Autre conclusion, les candidats prêts à rejoindre cet exécutif étaient nombreux mais gourmands. Les satisfaire signifiait prendre le risque de se couper de membres de la première heure de l’Union sacrée, ce qui aurait généré un nouveau malaise au sein d’une plateforme politique qui commence déjà à regarder avec insistance au-delà d’un Félix Tshisekedi lancé dans son dernier mandat.
Une prolongation impossible ?
Un président dont le premier cercle et autres experts en tout genre claironnaient il y a encore quelques mois qu’il était parti pour… rester. L’évolution du front de l’est a eu raison de cette velléité de modifier la constitution ou de “glisser” bien au-delà de 2028.
Les États-Unis, planche de salut d’un régime contraint de regarder l’opposition armée progresser dans l’Est (Goma, Bukavu…), ont fait du respect de la constitution une des pierres angulaires de leur implication et de leur sauvetage du régime.
La révision de la Constitution et le troisième mandat ne sont plus évoqués. Si beaucoup songent déjà à un glissement du calendrier électoral qui permettrait à l’actuel président de prolonger son bail à la tête de l’État, peu osent l’envisager sur une longue période. Les actuels partenaires de l’union sacrée sont donc déjà en train de se jauger, de se positionner.
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Par la libre Afrique
