Joseph Kabila, 53 ans, ancien président de la République démocratique du Congo de 2001 à 2019, est poursuivi devant la Haute cour militaire depuis le 25 juillet dernier.
Les deux premières audiences de ce procès, les 25 et 31 juillet derniers, ont permis d’énumérer la très longue liste des charges qui pèsent contre l’ancien chef d’État, devenu sénateur à vie depuis qu’il a quitté le pouvoir, et dont l’immunité a été levée le 22 mai dernier par le sénat alors que la loi du 26 juillet 2017 sur le statut pénal des anciens présidents élus prévoit que “les poursuites contre tout ancien président de la République élu sont soumises au vote à la majorité des deux tiers des membres des deux chambres du Parlement réunies en congrès”.
Une première
Joseph Kabila est notamment poursuivi pour “participation à un mouvement insurrectionnel, crime contre la paix, homicide intentionnel par balles, trahison, apologie du terrorisme, viol, torture, déportation et occupation à force ouverte de la ville de Goma.”
L’ancien chef de l’État entre ainsi un peu plus dans l’histoire de son pays en devenant le premier ancien président à être poursuivi devant la justice congolaise. Il risque la peine de mort. Une condamnation qui a été prononcée plus de 300 fois en RDC depuis que le moratoire sur la peine de mort a été levé en mars 2024. Jusqu’ici, aucune exécution n’a été pratiquée.
Kabila totalement absent
L’ancien président qui a quitté discrètement son pays en décembre 2023, quelques heures avant la tenue du scrutin présidentiel qui a permis à Félix Tshisekedi de décrocher un second mandat après une journée électorale…de sept jours, ne s’est pas présenté devant ses juges, n’a pas désigné d’avocats pour le défendre. “Pour lui, le pouvoir est illégitime. Tous les actes qu’il pose sont donc illégitimes. C’est pour cette raison qu’il avait aussi boycotté les élections législatives et présidentielles de 2023”, explique un de ses proches.
L’État congolais, qui s’est porté partie civile, n’a pas lésiné sur les moyens. Sept avocats ont été engagés et ont déjà touché 2,4 millions de dollars, selon une lettre du ministère de la Justice congolaise publiée sur les réseaux sociaux et dont l’authenticité a été confirmée par l’un des avocats concernés. Me Jean-Marie Kabengele a évoqué un montant “modeste et patriotique”. Avant d’ajouter : “On a pris en compte la sensibilité du dossier, la dangerosité que représente Joseph Kabila”. L’avocat explique encore que beaucoup de cabinets ont été approchés avant de décliner.
Procès politique
À Kinshasa, capitale toujours prompte à s’enflammer, ce procès ne passionne guère. “Kabila est déjà condamné, explique un journaliste local. Corneille Nangaa, son ancien président de la Commission électorale nationale indépendante, devenu coordonnateur de la rébellion Alliance fleuve Congo, a déjà été condamné à mort pour des faits similaires. Il n’y a aucune raison que Kabila échappe à cette sanction”.
Entre Félix Tshisekedi et Joseph Kabila, la tension paroxystique ne date pas de la levée de l’immunité de l’ancien président. Tout remonte en 2020 à la fin du pacte électoral signé en janvier 2019 entre les plateformes politiques des deux hommes. Un accord de moins en moins secret qui a permis à Félix Tshisekedi de décrocher la présidence de la république en échange d’un partage de pouvoir avec le clan Kabila. Un accord évoqué à plusieurs reprises par Corneille Nangaa qui était un de ses artisans et témoins avec d’autres membres des deux formations politiques, des militaires et des chefs d’État africains.
Après ce divorce, Joseph Kabila s’est longtemps tenu en retrait de la scène politique congolaise avant de faire un retour remarqué au printemps de cette année, quelques semaines après la prise des villes de Goma et Bukavu par les troupes antigouvernementales. D’abord à travers une lettre ouverte parue dans un journal sud-africain avant de culminer par une adresse à la nation congolaise prononcée depuis Goma, le 23 mai. Dans ce discours de près d’un quart d’heure, Joseph Kabila, qui faisait déjà l’objet d’une série de tracasseries du régime, qui avait vu ses principaux collaborateurs contraints à l’exil et qui avait assisté, impuissant, à l’arrestation de plusieurs militaires katangais qui lui étaient proches, dressait le bilan sans fard du pouvoir de Félix Tshisekedi. Une déclaration de guerre de plus entre les deux hommes.
Fuite en avant
Joseph Kabila, présenté comme le vrai chef de l’AFC/M23, comme le mentor de Corneille Nangaa, ne pourra pas être jugé moins sévèrement que son ancien collaborateur. Il ne fait guère de doute que la peine de mort sera au bout de ce procès.
Les deux hommes ont opté pour la confrontation totale à distance. La détermination de Félix Tshisekedi inquiète de nombreux observateurs de la vie politique congolaise qui soulignent que l’actuel président devra abandonner le pouvoir en janvier 2029 après deux mandats non apaisés et des tensions politiques et sociales exacerbées en sachant qu’il ne peut, après son divorce avec Kabila, se fier à un accord politique aussi secret soit-il avec son successeur. Il sait aussi désormais que l’immunité accordée aux anciens présidents n’est d’aucune garantie. De quoi voir déjà poindre à l’horizon de lourds nuages au-dessus de l’échéance électorale de décembre 2028.
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Par la libre Afrique
