Par SIR Jean-Luc Kienge
Date: November 3, 2024Author: Admin 0 Comments
Par SIR Jean-Luc Kienge
Extrait de Le Secret de l’Aventure de l’Identité Katangaise par Jean-Luc Kienge
L’identité Katangaise se tisse dans les fils de l’histoire et de l’exil. Mon récit commence avec deux jeunes hommes du Kasaï Oriental, Mpoyo et Kabangu, arrachés à leur village en 1945 et emmenés de force dans les mines du Katanga. Là-bas, confrontés aux dures réalités du travail minier, ils ont non seulement survécu, mais ont aussi bâti les fondations de notre famille.
À travers ce voyage imposé, ils ont forgé une identité à la croisée des cultures, une identité katangaise complexe, mais résolument unie. Leur parcours, qui traverse les frontières géographiques et culturelles, incarne l’aventure de la résilience et de l’intégration.
Le Secret de l’Aventure de l’Identité Katangaise est une ode à tous ceux qui, comme eux, ont osé embrasser une terre nouvelle tout en préservant leur héritage, façonnant ainsi l’avenir de leur descendance.
L’histoire de ma famille maternelle commence dans les années 1940, au sein des collines de Bena Kaniki, au Kasaï Oriental, au cœur du Congo belge. En 1945, lorsque les colons belges sont arrivés chez les Bena Kaniki, ils ont pris des jeunes hommes pour les emmener de force dans les mines du Haut Katanga. Parmi eux se trouvaient deux hommes du nom de Mpoyo et Kabangu, dont la vie allait changer à jamais.
Déportés sans leur consentement dans le Grand Katanga, Mpoyo et Kabangu se sont retrouvés à travailler dans la société minière du Haut Katanga, où ils ont connu l’exploitation et les conditions de vie difficiles. Travaillant pour la Gécamines, ils ont enduré des années de labeur épuisant, mais avec leur salaire, ils ont pu rentrer dans leur village pour se marier. Mpoyo épousa une femme, Mujinga Rosa et son frere va epouser Meta Mwakabishi, avec lesquelles ils fondont une famille unie.
Dans les années qui ont suivi, Mpoyo et Mujinga Rosa eurent deux filles : Nganza et Nyemba. Déterminé à sortir de la dure condition de mineur, Mpoyo apprit à écrire et à parler français, ce qui lui permit de devenir huissier à la Gecamines . Cependant, les années passées dans les mines eurent des conséquences graves sur sa santé. Affaibli par le travail inhumain, Mpoyo tomba malade et, sentant sa fin approcher, décida de retourner à Kahenga au Kasai, son village natal, pour y passer ses derniers jours.
À la mort de Mpoyo, ses deux filles, âgées seulement de 4 et 6 ans, se retrouvèrent livrées à elles-mêmes, leur mère Mujinga Rosa commença à subir des violences psychologiques et physiques.
C’est à ce moment là, que Kabangu, le frère de Mpoyo, intervint. Il quitta le Grand Katanga et se rendit à Luputa au Kasai, où il prit sous sa protection ses nièces, ainsi que leur mères Mujinga Rosa. Ce fut grâce à lui Kabangu Chula que Nganza, ma mère, et Nyemba ma tante eurent une éducation et un avenir au Katanga.
Nganza se démarqua très vite par son intelligence, sa détermination et sa force de caractère. À seulement 14 ans, elle devint enseignante pour la Gécamines, puis fut transférée à Kakanda. Elle se retrouva au cœur de la jeunesse katangaise qui rêvait de liberté et de dignité pour leur région. En 1960, agée de 9 ans, quand le Congo accéda à l’indépendance, elle fit partie de ceux qui chantèrent l’hymne du Katanga sous Moïse Tshombe, hymne qu’elle connaît encore par cœur aujourd’hui à 74 ans.
Au fil des ans, ma mère, ma tante et leurs cousins Fumi Jimy Mama Leki sont devenus des citoyens du Grand Katanga, tout en portant en eux le souvenir et l’identité des Bena Kaniki. Aujourd’hui, je rends hommage à cette histoire et à la résilience de mes ancêtres. Malgré les blessures du passé, leur sacrifice a permis à leur famille de survivre, de prospérer, et même de s’établir dans d’autres pays, notamment aux États-Unis et au Canada.
Mais cette histoire soulève aussi une question essentielle : qui est véritablement Katangais, et qui ne l’est pas ? Dans un Congo riche en diversité culturelle, le tribalisme n’a pas sa place, surtout pas dans le Grand Katanga. La complexité de notre histoire démontre que l’appartenance à une région est bien plus qu’une question de sang ou de territoire. C’est un engagement de cœur et de solidarité entre les peuples.
Ainsi, en l’honneur de Mpoyo Mwabilayi et Kabangu Chula, Nganza et Nyemba, je m’insurge contre le tribalisme qui divise notre région. Leur mémoire nous enseigne que les frontières ethniques ne devraient jamais nous séparer. Aujourd’hui, je dédie mon combat à leur souvenir, pour que la reconnaissance de leur sacrifice et de leur résilience éclaire notre chemin vers un Congo uni.
**Jean-Luc Kienge, petit-fils de Mpoyo et Kabangu dans l’aventure de l’indentité Katangaise
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