Par notre rédaction internationale – 27 octobre 2025

Capture d'écran d'une vidéo diffusée par les Rapid Support Forces, lors de la prise d'El Fasher, au Soudan, le 26 octobre 2025. © AFP Photo/HO/Sudan Rapid Support Forces Telegram account

Ce devait être un fragile espoir de paix dans l’un des conflits les plus brutaux de ces dernières années. Mais en l’espace de quelques jours, la dynamique de trêve entre les Forces armées soudanaises (SAF) et les Forces de soutien rapide (RSF) a été réduite à néant.

À Washington, sous l’égide du conseiller Afrique de Donald Trump, Massad Boulos, une médiation discrète avait été engagée pour imposer un cessez-le-feu immédiat dans la région du Darfour, particulièrement meurtrie. Les deux parties semblaient prêtes à un accord technique, sous pression américaine, avec l’appui indirect de plusieurs États du Golfe.

Mais pendant que les diplomates négociaient dans les salons feutrés de la capitale américaine, une autre bataille se jouait sur le terrain : la prise d’El Fasher, capitale du Darfour-Nord, par les RSF, le 26 octobre 2025.


Une offensive éclair qui change tout

La chute d’El Fasher a provoqué un effondrement immédiat des négociations. Le message des RSF était clair : la solution serait militaire, non diplomatique.

Des images largement diffusées sur les réseaux sociaux montrent les colonnes des RSF entrant dans la ville, célébrant leur victoire sur les forces régulières, épuisées par des mois de siège. Selon plusieurs ONG, des milliers de civils ont fui en direction de camps déjà surpeuplés à la frontière tchadienne.

« L’assaut a été brutal et stratégique. Une fois El Fasher tombée, il n’était plus question de trêve », confie un diplomate occidental présent à Washington.


Massad Boulos, l’envoyé de Trump pris de court

Personnage discret mais influent dans les cercles républicains, Massad Boulos avait été mandaté par Donald Trump pour réengager les États-Unis dans la résolution du conflit soudanais, à l’approche de la présidentielle de 2026. Il misait sur une réussite diplomatique en Afrique pour renforcer la crédibilité internationale du candidat Trump.

Mais la prise d’El Fasher a balayé tout sur son passage : les garanties sécuritaires envisagées, le calendrier de désescalade, et même la perspective d’un couloir humanitaire.


La population civile, toujours otage du conflit

Depuis le début de la guerre civile au Soudan en avril 2023, plus de 12 millions de personnes ont été déplacées, selon les derniers chiffres de l’ONU. La situation au Darfour est particulièrement alarmante : pénuries de nourriture, effondrement des infrastructures médicales, violences interethniques…

La chute d’El Fasher pourrait désormais ouvrir la voie à une conquête totale du Darfour par les RSF, avec des conséquences régionales majeures, notamment pour le Tchad, déjà fragilisé par l’afflux massif de réfugiés.


Une paix durable, de plus en plus illusoire

Alors que les discussions diplomatiques sont au point mort, les observateurs s’interrogent : le Soudan est-il déjà entré dans une nouvelle phase de partition de facto ?

Dans les couloirs des Nations unies, certains diplomates évoquent désormais un scénario à la libyenne : un pays divisé, sans gouvernement central, livré à des milices et à des puissances étrangères aux intérêts divergents.

Pour Washington, c’est une humiliation diplomatique ; pour Khartoum, une tragédie annoncée.


À suivre…

La Maison Blanche n’a pour l’instant pas réagi officiellement à l’échec des pourparlers. Mais en coulisse, les discussions continuent, désormais orientées vers la protection des couloirs humanitaires et la documentation des violations de droits humains.

Une chose est sûre : le Soudan s’enfonce encore un peu plus dans le chaos, et le monde, une fois de plus, semble impuissant.