Par Jean-Luc Kienge

Bruxelles , samedi 10 mai 2025

Ce samedi, une scène symbolique a captivé l’attention du paysage politique congolais : Moïse Katumbi, opposant majeur et ancien gouverneur du Katanga, s’est affiché publiquement aux côtés de l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo. Une image forte, lourdement chargée de signaux diplomatiques et politiques. Un simple geste – se tenir la main – peut-il changer la trajectoire d’un pays ? En République démocratique du Congo (RDC), peut-être que oui.

Un message aux allures de déclaration

L’image de Katumbi et Obasanjo, côte à côte, souriants, mais déterminés, n’est pas anodine. Obasanjo, figure respectée sur le continent et diplomate influent, est souvent associé aux missions de médiation et aux processus de transition pacifique. Sa proximité avec Katumbi envoie un message clair à Kinshasa : le temps du jeu symbolique est terminé, les choses sérieuses commencent.

Pour Katumbi, c’est une démonstration de stature internationale. Longtemps perçu comme un homme d’affaires reconverti en politique, il montre désormais qu’il sait s’entourer d’alliés stratégiques et crédibles. Pour l’opposition congolaise, cette rencontre est une bouffée d’oxygène. Pour le pouvoir en place, elle sonne comme un avertissement.

Tshisekedi face à un dilemme stratégique

Félix Tshisekedi, président en poste, voit là une dynamique nouvelle s’installer. À quelques mois de nouveaux enjeux politiques et d’un contexte socio-économique fragile, il ne peut plus ignorer le poids croissant de Katumbi, ni sous-estimer ses réseaux internationaux.

Une erreur d’appréciation ici pourrait être fatale politiquement. Refuser de dialoguer, ou tenter de marginaliser Katumbi dans ce contexte, risquerait de radicaliser l’opposition et d’éroder davantage la légitimité du pouvoir. Tshisekedi, s’il veut éviter un isolement croissant, devra réfléchir “deux fois”, comme le dit la rue kinoise, avant de poser chaque acte. Il en va de la stabilité de son mandat – et de son héritage.

Vers un nouveau rapport de forces ?

Avec cette rencontre, une nouvelle page pourrait s’ouvrir pour la RDC. Moïse Katumbi semble prêt à jouer un rôle central, pas seulement comme opposant, mais comme acteur crédible d’une alternative politique. Et avec Obasanjo à ses côtés, c’est aussi toute une diplomatie régionale qui pourrait se réactiver autour de la RDC.

Le message est limpide : l’heure n’est plus aux hésitations. Le pouvoir doit composer avec une opposition en pleine recomposition, déterminée et désormais écoutée à l’international. Et cette fois, l’histoire pourrait ne pas offrir de seconde chance.