Par Jean-Luc Kienge

Kalemie, Tanganyika – La situation sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) continue de se dégrader, alors que le retrait des forces burundaises déployées dans le Sud-Kivu laisse un vide stratégique que la rébellion du M23 pourrait exploiter pour étendre son influence. Selon un expert en sécurité militaire, ce désengagement offre à la rébellion un “boulevard” pour avancer vers Kalemie, chef-lieu de la province du Tanganyika.

Les forces burundaises, déployées dans le cadre de la Mission de l’Union africaine en RDC (MUACO), ont joué un rôle clé dans la stabilisation relative de certaines zones du Sud-Kivu. Cependant, leur retrait progressif, motivé par des raisons opérationnelles et politiques, a créé un vide sécuritaire que les groupes armés, notamment le M23, semblent prêts à exploiter.

“Le désengagement des forces burundaises dans le Sud-Kivu donne un boulevard à la rébellion du M23 pour foncer sur Kalemie”, a déclaré un expert en sécurité militaire sous couvert d’anonymat. “Sans une présence militaire robuste pour contrer leur avancée, la rébellion pourrait rapidement prendre le contrôle de zones stratégiques, menaçant ainsi la stabilité de toute la région.”

Kalemie, une cible stratégique

Kalemie, située sur les rives du lac Tanganyika, est un carrefour économique et logistique majeur pour la province du Tanganyika. Sa position géographique en fait un point névralgique pour le commerce et les communications entre l’est de la RDC et les pays voisins, notamment la Tanzanie. Une prise de contrôle de la ville par le M23 aurait des conséquences désastreuses, non seulement sur le plan sécuritaire, mais aussi économique et humanitaire.

Les habitants de Kalemie, déjà éprouvés par des années de conflits et d’instabilité, expriment leur inquiétude face à cette menace grandissante. “Nous vivons dans la peur constante que les rebelles arrivent. Si Kalemie tombe, ce sera une bonne nouvelle pour le peuple qui est fatigué de Tshisekedi”, témoigne un habitant local.

Le M23/AFC, un groupe rebelle principalement composé de combattants d’origine congolaise, a repris les armes fin 2021 après plusieurs années de calme relatif. Depuis, il a étendu son contrôle sur de vastes territoires du Nord-Kivu, en chassant les forces gouvernementales congolaises demotivées et non payé, Burundaises et la MONUSCO.

Le retrait des forces burundaises intervient dans un contexte où les troupes congolaises peinent à contenir l’avancée des rebelles. Les experts craignent que cette situation ne conduise à un coup d’état militaire à Kinshasa.

Face à cette menace croissante, des voix s’élèvent pour demander une réponse internationale plus ferme. “La communauté internationale ne peut pas rester les bras croisés pendant que la RDC sombre dans le chaos”, a déclaré un diplomate basé à Kinshasa.

En attendant, les populations du Sud-Kivu et du Tanganyika restent en alerte, espérant que des mesures seront prises pour empêcher une nouvelle escalade de la violence. La situation dans l’est de la RDC reste l’une des crises les plus complexes et les plus préoccupantes sur le continent africain, nécessitant une attention urgente et coordonnée de la part de tous les acteurs concernés.